Des scorpions bien nourris lézardent
le croupion au fond de l'eau noire.
Des bouches de crevards errants
roulent le rire incommensurable
sur la toile cirée qui habille les corps.
L'écriture est une malédiction,
la rigueur y cachetonne au médicolégal
qui tient la plume.
Écrire, encore écrire, les doigts
en larmes de feu sur l'étranger à soi-même.
Une voix caresse le mot,
fait entendre l'écriture,
déchire l'écart,
couvre la marge,
couvre la marge.
L'écriture enjambe ce qui n'est plus,
ouvre le réel dans le silence du mot.
Poème à l'envers du corps de police,
à l'abrupt du réel,
Les cris triturent l'engagement
et désaliènent la fusion.
PAYSAGE DE SCRUPULES
L'âme boitille, un petit cailloux dans la chaussure.
Et passe la mélancolie grise dans le ciel bas,
les mains honteuses dans des poches percées
d'où fuient et ruissellent des traînées d'espoirs.
Jambes s'écorchant de crampes
sur le bitume glacé et boueux,
des éclats de rire d'enfant
gisent dans les ornières.
« Ame, te souvient-il ? » du chat haut perché,
accoudé au bar du soleil bordant le bal
où dansent les désirs?
Une cicatrice dans la tête se love au creux
d'un endormissement marécageux,
picorée de mille dents acérées dans l'eau trouble
où s'étouffe la tendresse.
INTERVIEW
Des mots.
Que dire de plus
que ce qui est déjà écrit dans nos veines
d'où j'extirpe douloureusement mes mots.
Des mots.
Des mots pour la souffrance; des mots pour l'indicible.
Des mots posés comme une écharpe sur le cri
pour qu'il ne prenne pas froid.
Des mots vendus à la criée au bout de la jetée,
là où palpitent des navires prêts à fendre l 'écume
au dessus des abysses.
Des mots pour la tendresse dont nous habillons nos sourires édentés,
des mots pour la survie et l'amitié.
Des mots pour que l'espoir ne s'habille plus d'un préfixe.
Des mots pour le partage tranché avec le couteau de l'amitié.
Des mots pour ne plus surfer sur l'illusion du radieux à venir.
Des mots pour le rafiot que nous berçons en chantonnant.
Des mots pour la mort
qui habite les âmes des forçats de la sensibilité,
des mots poursuivis par la chaleur qui bouillonne
et étouffe les rêves d'enfants.
Des mots posés sur le vide,
des mots qui accrochent des regards émeraude
pour noyer la mer,
des mots qui cheminent sur le bord jamais recousu de la cicatrice,
des mots pour briser le silence
blanc comme le linceul des compagnons disparus,
ces forçats silencieux.
Des mots pour des futurs enfin inconditionnels,
des mots pour tendre des moignons d'espoir vers le soleil.
Des mots au rythme infernal de roulements de train
sur les rails des condamnés à la blanche,
des mots à l'arme blanche
pour supporter
la fraternité des fusillés fauchés en 36 en 36
et le coup de grâce aux trahis de 38
de 38
Des mots pour l'espoir espagnol
qui ploie sous la muleta,
Des mots pour l'attente de Manuel de Falla.
Des mots pour l'attente
du passeur, des mots
au delà du silence
du maquis nocturne,
Des mots comme des crochets de musique
suspendus aux étoiles de nos nuits.
Des mots pour l'intime, exposé, froid,
emmuré par l'insupportable des autres,
des mots écorchés aux fils barbelés des cicatrices,
des mots de désir échoués sur les récifs,
des mots comme des peaux retournées au bord salé
des larmes,
des mots brisants comme l'éclat de rire
d'une feuille d'humour glissée à la commissure des lèvres
d'une vague de désirs flottant mollement
sur les rides du temps.
Des mots pour la solitude qui navigue sur ses noyés,
des mots des soirs d'ivresse quand l'écume glisse entre les doigts
trop longs de l'âme fendue au dessus des abysses,
des mots à la marge pour les cormorans
qui courent après les notes du vent
et des corps mourants poursuivis par le cri du croque-notes.
Des mots pour des trous sans bord
des mots pour toi qui sait dans ta chair
la blessure du soleil
et le visage desquamé par l'acide,
des mots extirpés de la haine,
des mots contre le mortel ennui.
Des mots pour mettre des guirlandes au silence des taiseux,
vertige sans oubli du buveur d'âme
accroché au dessus du vif.
Des mots d'humour, éclats de survivre,
soupir du mourir.
Des mots pour teindre les poumons
des nuits brisées,
des mots pour la fraîcheur du crépuscule
qui fond sur le sable chaud.
Des mots pour survivre,
des mots de marge,
blottis entre cendres noires et braises rouges.
LE SEL SUR LA CICATRICE DU BONHEUR
La ville rougit de ton odeur,
ton souvenir veille sur la treille
dans une amphore debout face au vent
chagrin glacé dans la solitude sang
du rêve noyé dans la Seine.
De la Bastille, pâle comme une vierge
dressée à la vision de la verge pourpre,
Sade étreint ton imaginaire sur l'écran
maculé de menstrues
pour peser l'angoisse de Dieu
qui se touche à l'abri des nuages.
Dans les bistrots, des femmes en noir,
le pagne sur les yeux,
occultent les palais de la secousse
et de la rescousse qui trébuchent
aux marches des banlieues en mai.
Le savoir de la mère se noie
au lavoir où pissent les chiens,
la tendresse des métaphores
enfilées au fil des dents peintes
s'alanguit, l'âme en vaguelettes
sur des chemises sans col à franchir
sans tranches de talents à affranchir,
le sel sur la cicatrice du bonheur.
Le sel sur la cicatrice du bonheur,
Qui donc nous rendra la matrice
et le moule mou de la moule
noyée dans les abysses de la mémoire
engloutie dans la boue noire.
Qui donc?
A nous les toiles sorties des cadres,
A nous, les mots en érection!
A nous, les étrangers de la pensée!
Aux mots, aux armes!!!
INSURRECTION !!
Cher Lecteur, chère Lectrice...Attention!...
Ce livre est dangereux, plein de risques et périls.
L'alcoolique errant y est dépeint comme un forcené de la sensibilité.
Que devient cet être d'ombre, hurlant de délire et de souffrance quand il est guéri?
Mystère!...
Un homme solitaire, vibrant de révolte, éructant les mots marginaux de textes violents où le feu qui l'illumine brûle les sentiments.
Poète de la déchirure, il sublime la musique des consonnes, des voyelles, des phonèmes, des diphtongues.
Il y a « DADA »,
il y a le « SURRÉALISME »,
il y a le « SITUATIONNISME » qui tord le cou à la société du spectacle,
il y a le « LETTRISME »
et...
il y a les « TESSONS DE PROSE » et les « ÉCLATS DE VERRE » d'Alain Callès.
Paris le 10 novembre 2007
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