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  • alain Callès
  • Publication de livres. "éclats de verre" préfacé et porté en scène par Claude Confortès. "Lettres au plus proche du feu" préfacé par Didier Daeninckx et illustré par Claude Gaisne. Des articles sur différents thèmes, de poésies (notamment
  • Publication de livres. "éclats de verre" préfacé et porté en scène par Claude Confortès. "Lettres au plus proche du feu" préfacé par Didier Daeninckx et illustré par Claude Gaisne. Des articles sur différents thèmes, de poésies (notamment

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Alain Callès

alain.issime@wanadoo.fr

 

Mars 2014

 

Chers collègues,

 

Vous comprendrez aisément à la lecture de ce qui suit que je n'utilise pas le terme de confrère, nous ne sommes pas de la même confrérie.

Je suis venu à la politique parce que le monde politique est venu me chercher, comme assoiffé de sang frais encore non pollué par les réflexes politiciens. Je servais, avec d'autres, de caution aux politiques sur leur ouverture à un monde réel de concitoyens lambda, avec des soucis d'hommes et pas des chicaneries politiciennes.

Soyons clairs : je connaissais de longue date votre monde pour l'avoir pratiqué comme responsable national du Mrap et ensuite comme responsable associatif d'un Mouvement de 10 000 adhérents. Des décennies à vous côtoyer et à vous pratiquer. Je savais qui vous étiez, je savais vos pratiques et j'avais déjà mis les doigts dans les sauces des arrière-cuisines de la politique. je ne vais pas donc pas faire une bouche ronde en minaudant « choking » comme une poule à qui on vient de mettre le doigt dans le cul pour voir si elle va pondre un œuf. Non, je savais qui vous étiez, je connaissais vos pratiques.

Néanmoins j'ai cru -ou je me suis laissé persuadé, faiblesse d'ego-, qu'on pouvait « faire de la politique autrement ». Un peu comme un adolescent croit que l'on va pouvoir changer le monde à coups de pavés dans la gueule ou à coups de concert dont les notes iront caresser les étoiles et leur susurrer amoureusement des mots d'espoir. J'ai cru que l'on pouvait s'affronter pour des idées même lorsqu'elles divergent, et, au delà, porter ensemble les actes qui vont dans le sens du progrès ou qui tout simplement soulagent la population des difficultés sans cesse croissantes qui la fragilisent.

Cela me paraissait possible avec des gens de sensibilités différentes, certes, mais tous de gauche comme ils le proclament la main sur le cœur, surtout quand la caméra est présente.

Et puis ensuite, j'ai vu les grandes idées fondre à la réunion du Bureau Municipal, et les petits ego négocier titres et subsides, discrètement, dans le bureau du pouvoir.

J'ai vu les lames briller dans votre main quand vous embrassiez votre collègue.

J'ai vu des assoiffés d'honneurs et de pouvoir prétexter un taux d'augmentation pour rompre le contrat initial et tenter le putsch. L'argument de technique fiscal posé comme un drap de dignité sur des sentiments veules et indignes, sourire dents blanches ouvert vers les caméras. Joconde la main sur le cœur « je le jure , je pense à nos concitoyens » pour masquer ses turpitudes carriéristes et celles de ses acolytes.

J'ai vu ceux qui attendent de voir d'où vient le vent avant de se prononcer servilement.

J'ai vu ceux qui jouent du rapport de force pour obtenir un titre et les indemnités correspondantes, au risque de faire éclater cette unité de façade qui fait les majorités.

J'ai vu ceux qui crient, brandissent des menaces.

J'ai vu ceux qui font paroles de miel et sourires fielleux.

 

J'ai entendu beaucoup de mensonges, sous le manteau ou les yeux droits dans les yeux, avec au fond de la pupille cet éclat qui semble signifier « pauvre con, en plus tu me crois ».

Et chacun croit ou, le plus souvent, fait semblant de croire, tout simplement parce que cela est plus commode et évite de guerroyer ou de baliverner de plus belle.

Ces six années furent longues pour moi, mais je reconnais aussi que vous m'avez distrait et que je me suis parfois bien amusé en vous observant. Vous avez nourri le sociologue qui ne dort que d'un œil en moi.

Vous ne vous regroupez que pour servir vos intérêts. Regroupements temporaires, copinages, le temps d'un coup sur le billard à multiple bandes qu'est le champ politique. Parfois, il y a tellement de ricochets qu'on ne sait même plus où est la boule et à quel joueur elle appartient !

Grégaires dans le déplacement comme les loups, individualistes dans l'intérêt comme les chiens en laisse quand ils ont l'os à ronger.

 

Je vous épargnerai les dénégations faciles : oui, cette majorité a mené à bien de nombreux projets. Oui, elle a désencroûté Montreuil avec des actions innovantes et elle a commencé à rattraper le retard des décennies précédentes (état des écoles, construction de plusieurs écoles, accessibilité des personnes handicapées, économie d'énergie des ERP, création importante de logements sociaux, etc.). Oui, une grande partie des élus a mené concrètement ses projets à terme.

Je ne diverge pas sur ces points même si je suis loin d'être laudatif comme certains d'entre vous peuvent l'être, et en rajoutent ostensiblement avec un arrière fond de flagornerie.

Mais sur le plan moral des pratiques, c'est encore et toujours le règne du faire valoir, du « pousse-toi-du-cadre-que-je-sois-sur-la-photo », de l'ego à astiquer. C'est encore le « je-fais-pour-le-faire-savoir... » pour postuler lors de l'échéance suivante. Vous oubliez que le bien-être du citoyen est une fin, non un moyen. Pour flatter leur clientèle, certains leur ont parfois cédé sans prendre en considération d'autres démarches d'autres élus.

En terme de réflexe clientéliste, certains de la majorité pourraient siéger à côté de certains autres sur les bancs de l'opposition.

Toutefois, je concède volontiers qu'aucun parmi vous ne pourra égaler le populisme systématisé d'un ancien édile, entré au Parti Communiste lorsque les chars de l'Armée Rouge entraient à Prague et qui, de glissements clientélistes en glissements clientélistes endosse les habits de Paul Déroulède en opposant les populations entre elles, en excitant la haine au sein de populations défavorisées, en jetant l'opprobre sur les Roms au mépris de tout esprit de solidarité. Un ancien communiste qui se drape du mot résistance dont il usurpe l'esprit et le courage. Ancien communiste dont l'attitude à l'encontre des Roms a été condamnée par le Mrap, organisation antiraciste... issue de la Résistance au nazisme dans la clandestinité, et dont les fondateurs, eux, savent cette sueur de peur qui coule à l'intérieur de l'estomac jour après jour, mois après mois, dans la Résistance en actes. Un personnage dont la soif de pouvoir aveugle toute humanité et dont, de saut à droite en saut à droite, on peut craindre qu'au prochain saut, ses pieds ne tombent directement dans les godillots de Doriot.

Cet homme au ton suranné, qui pontifie ses leçons comme un vieil instituteur en blouse grise et à l'expression blafarde et emphatique, et qui de conseil municipal en conseil municipal, a appelé à la chasse aux rats. Il ne peut ignorer que ces termes furent le terreau des slogans antisémites aux siècles passés, rats et juifs n'étant qu'un même être dans la presse d'extrême droite. Ce personnage, qui est une honte pour la démocratie, use pourtant de tous les stratagèmes qu'elle permet, pour se maintenir dans le fil de l'eau et s'amarrer aux quais visqueux du pouvoir.

Parmi les élus de la ville, tous de gauche, personne n'égalera cette abjection dans la course au pouvoir. Je ne ferai à personne l'affront de le comparer à ce personnage.

 

Les représentations d'« Au théâtre ce soir » le jeudi lors du Conseil Municipal, concentrent tous ces mécanismes. Chacun n'est que personnage, sentencieux ou coléreux, mais personnage pour la caméra, et simultanément, le « 140 signes » du Tweet.

Qu'il soit de la majorité ou de l'opposition, peu importe le côté du manche, un politique est comme une carcasse qui se vide en permanence de toute substance et a besoin de se remplir sans cesse pour exister. Se remplir d'applaudissements, de reflets de soi dans l’œil des autres, de la flatterie dont il gomme l'aspect flagorneur pour ne conserver que le baume de la pommade qui adoucit ses blessures narcissiques.

Que de mépris les uns pour les autres, dans son camp et dans le camp adverse.

J'ai été étonné de voir comme les stéréotypes sont bien ancrés, de toutes parts.

Non, tous les communistes ne sont pas tous des staliniens. Il y a aussi parmi eux des gens d'une solidarité exemplaire qui n'hésitent pas à se lever dans la nuit pour organiser physiquement un empêchement d'expulsion locative, ou pour faire changer d'habitation un immigré sans papier avant qu'il ne soit cueilli chez lui par une police toujours aux ordres du pouvoir. Qui ignore ces militants discrets du petit matin, ignore la solidarité dont lui-même est censé faire preuve.

De même, et bien que rares parmi eux soient ceux qui ont une éducation politique structurée, il y a de nombreux militants écologistes qui ne sont pas des partisans du retour à la chandelle et ont aussi pour réelle volonté de faire avancer la cause sociale des plus démunis. Certains remettent en cause le système productiviste sous fond de capitalisme, d'idéologie libérale et de « Société du spectacle ».

Ignorer ces faits, involontairement ou par calcul, et mettre en valeur des stéréotypes, en propageant et intensifiant des rumeurs de part et d'autre, que ce soit par exemple en inventant des amants Roms à la Maire ou en donnant un rôle de porteur de valises à un autre, pour ne prendre que les rumeurs les plus grossières, desservent la classe politique. -Est-ce gênant ? Elle se ravale à son niveau d'existence-.

Mais on comprend aisément que cela détourne l'intérêt des habitants pour la « chose publique », les écœure, ou nourrit le « tous pourris » qui révèle la fracture entre deux mondes : l'élu et l'autre. Avec une connotation particulière pour l'élu de l'opposition qui, pour amener dans ses filets la rancœur beauf de comptoir, peut glisser vers une expression revendicative populiste aux reflets bleu Marine.

 

Pendant six ans de mandature, cela a été mon spectacle quotidien, certains se complaisant dans ces jeux et ces rumeurs comme des porcs jouissant de se rouler dans leur auge boueuse.

Spectacle de journées ordinaires, dans un monde politique ordinaire et une mandature ordinaire, quoi qu'on prétende de ci de là. Ce ne sont pas des changements à la marge qui révolutionneront notre vivre ensemble.

 

Je ne nie en rien les réalisations nombreuses et riches au service de la population ; je réfute que ce fut le fruit de « la politique autrement ». Il n'y a pas eu « la politique autrement » promise et qui m'avait attiré, tel un papillon aveuglé par la lumière. La lumière était factice. Il n'y avait que pénombre et coups bas. Pas de nuit étoilée, à l'exception de cette nuit de solidarité quand nous fîmes un mur humain entre jeunes et flics, tous manipulés de part et d'autre.

Ce mandat fut bien géré, à partir d'un commandement politique et technico-politique performant, même s'il y eut parfois des erreurs de choix tactiques et relationnelles, ce qui est tout à fait normal. Hélas, la gestion a soumis la « politique autrement ». Nous fumes comme les autres ; c'est tout. « Nous fumes ce que vous êtes et vous serez ce que nous sommes » est une épitaphe sur une tombe du Père Lachaise.

En mairie comme partout dans le monde, les gestionnaires ont la main.

 

Quelle désillusion pour quelqu'un comme moi qui croit comme André Breton que « la poésie sera la clef de voûte de la Révolution, ou la Révolution ne sera pas ». Oui, nous ne sommes pas du même monde, et surtout, nous avons si peu de terres en partage.

Je ne rejette pas tout. L'aspect sociétal du positionnement politique me convenait. Il m'a certainement permis de poursuivre mon mandat jusqu'à son terme, même si certaines décisions m'ont choqué, ou étonné, comme la réduction de moitié du voyage annuel d'enfants au camp de déportation d'Auschwitz, les carences répétées de concertation, ou l'installation de vidéo-surveillance dans la ville avec report des données sur la police nationale (à cette occasion, j'ai vu des grandes gueules être bien discrètes, proximité électorale oblige). D'autres initiatives m'ont semblé être des gadgets de Bobos. Ainsi le luxuriant « Montreuil in » où l'herbe sur le sol de la salle des fêtes ne m'a pas convaincu de son caractère écologique ni de sa facilité d'accès pour les poussettes et fauteuils roulants.

Mon profond désaccord porte sur la manière d'être, non sur ces points où j'admets et réclame le droit à des divergences et à l'erreur. Mon désaccord réside dans le fait que je positionne mes actions sur un plan moral qui reste pour moi la clef de voûte de toute démarche politique........et ceci est souvent en contradiction avec le réalisme politique que l'on ne manquera pas de m'opposer.

Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'en six ans de mandat, je ne me suis guère fait d'amis au sein du groupe. Il me paraît difficile de soutenir que cela est dû à ma seule personnalité puisque dans d'autres cercles où l'on partage des objectifs à caractère social comme le milieu associatif ou j'agis, j'ai eu l'occasion de développer de nombreuses, et parfois très solides et indéfectibles, amitiés. La différence essentielle me paraît tenir dans l'approche de personnes dont les motivations, qui ont pourtant aussi un objectif social, ne sont pas parasitées par la course concurrentielle de l'ego le plus gros à faire reluire au soleil.

 

Pourquoi n'ai-je donc pas agi, en tant que Président de groupe, pour infléchir ce cours ? Parce que c'est tout simplement impossible. Le véritable président du groupe est la maire et son bras armé qu'est la direction de cabinet.

D'ailleurs personne ne s'y est trompé et chacun, individuellement ou en petit groupe de pression, est directement allé traiter dans son bureau pour obtenir la décision souhaitée pour son secteur et/ou lui-même.

Le Président du groupe majoritaire a simplement une fonction d'idiot utile dont on use pour faire passer une mesure déplaisante quand on ne souhaite pas en être l'instigateur direct (j'ai de nombreuses et belles anecdotes à ce sujet). Le mouvement d'instrumentalisation du Président est tant ascendant que descendant.

Il est remarquable que les réunions thématiques, pourtant organisées à la demande et avec le soutien d'élus, aient rencontrées peu d'intérêt. On s'est vite lassé d'un temps guère profitable pour ses projets personnels et/ou politiques.

Il en est certainement différemment des groupes d'opposition ou la présidence n'est pas parasitée par le poids de l'édile.

 

Je pourrais poursuivre plus longuement mais cela ne me semble pas utile ici même. Je préfère développer une analyse approfondie, en d'autres lieux et sur d'autres supports.

 

Sur le fond, j'ai un profond sentiment d'échec qui est d'une ampleur autre que les réalisations que nous avons effectuées durant ces six années et que, pour la plupart, d'autres élus auraient aussi pu mener à bien.

 

Ce qui précède me paraît toutefois suffisant pour expliquer pourquoi je n'ai renouvelé aucun engagement auprès de quiconque dans le secteur politique. C'est le système et les pratiques qu'il génère que je conteste et auxquels je refuse de continuer de participer.

 

Je ne renouvelle pas mon mandat et je ne voterai pas lors des élections municipales, même si, achevant mon engagement dans le cadre de mon actuel mandat, je présiderai un bureau de vote.

 

Ma défiance s'adresse tant aux organisations politiques qui participent de ce jeu politique, qu'aux mécanismes qui en dernier ressort dépossèdent le citoyen de toute prise sur sa vie, et qu'aux individus qui postulent pour participer au jeu.

 

Nous avons raté ce que proposent ces vers du poète Nazim Hickmet, écrits de sa geôle turque dans « Ce pays est le nôtre » :

« Vivre comme un arbre, seul et libre,

Vivre en frères comme les arbres d’une forêt,

Cette attente est la nôtre. »

Plus modestement, « Veni, vidi, parti ! » sera mon slogan.

 

Ah, quel soulagement déjà de savoir que tout cela va bientôt prendre fin. Je me sens libre, comme si l'espace se dégageait devant moi et que bientôt, je vais pouvoir y gambader. Je sens déjà l'herbe folle qui pousse entre les pavés .

 

Je ne peux pas imaginer une reconnexion du « politique » avec la réalité et le vécu de la population, sans la suppression de ces machines à gonfler les ego que sont les partis politiques. Les partis politiques sont des obstacles à ce que les citoyens se rassemblent dans l'agora pour s'occuper eux-mêmes des affaires qui les concernent. Hélas, ce ne sont pas les seuls obstacles dans un monde façonné et régulé par les partis, dans un pays où la politique est aux mains de ceux qui en font profession, souvent à vie.

 

Vous comprendrez aisément que je n 'ai été candidat à aucun mandat, sur aucune liste, et que je n'en soutiendrai aucune.

Je ne voterai pour personne.

 

Je souhaite simplement qu'une mèche s'allume quelque part et que s'ensuive l'embrasement du vieux monde, attisé par un vent d'espoir, qui viendrait de là-bas, au soleil des lucidités urgentes, et se lève peut-être déjà à l'orient de nos mémoires, à l'horizon des possibles.

 

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