Partager l'article ! Une introduction au débat "violence et alcool" à l'INSERM: VIOLENCE ET ALCOOL Souvent quand il est ...
VIOLENCE ET ALCOOL
Souvent quand il est question du couple alcool-violence, la violence que les gens sous emprise d’alcool exercent sur les autres (essentiellement les violences faites aux femmes et aux enfants) et la violence qu’ils subissent de la part des autres sont les seuls angles sous lesquels la violence est envisagée : sous-entendu la défaillance du rapport aux autres.
Pourtant, la maladie alcoolique n’est pas seulement une maladie du rapport aux autres mais aussi une maladie du rapport à soi même. « Je est un autre » écrivait Rimbaud.
On ne peut ignorer non plus que l'alcool désinhibant les comportements, des violences peuvent être exercées par l'alcoolo-dépendant sur son entourage familial, avec parfois coups et blessures. On ne peut pas occulter l'implication de cette maladie dans les accidents de la route (1/3 des accidents mortels), des accidents domestiques et les accidents du travail.
La violence prend ainsi des formes différentes, et se présente à des degrés divers d'avancement selon les situations et les individus. Mais elle est toujours, peu ou prou, dans le sillage de l'alcoolo-dépendant.
La violence est un long compagnon de route de l'alcoolo-dépendant et, selon les situations et la personnalité de chacun, elle peut prendre des formes et des trajets différents.
En premier lieu, le fait de boire, de se détruire systématiquement, avec méthode et persévérance est déjà une première violence faite à soi-même :
à son corps,
à son identité,
à son image.
Se suicider lentement, nier et détruire sa personnalité ainsi, doucement, discrètement, puis aux yeux de tous, avoir le corps qui lâche plus souvent qu'il ne peut et s'exposer ainsi au regard d'autrui est une violence.
La première violence est d'abord tournée vers soi, dans l'autodestruction par l'alcool. Elle est physique.
Une violence qui se renforce d'autant plus que c'est toujours soi-même, l'alcoolodépendant, que nous discernons dans le regard de l'autre posé sur nous, quand ce regard se pose encore. « Je ne peux dire je que parce que je vois mon image, moi-même, dans ton oeil » nous explique Albert Jacquart. Cette violence là est psychologique et se compose d'un subtil mélange de mésestime, de désamour, voire de haine de soi-même. Une attitude qui peut être ambivalence car concomitante à une affirmation bruyante de soi et de ses qualités réelles ou perçues.
« il n'y a rien de plus terrible que le bruit de l'oeuf dur que l'on casse sur le zinc du comptoir dans la tête de l'homme qui a faim » disait Jacques Prévert. De même, il n'y a rien de plus terrible que le regard d'autrui pour l'homme en déchéance devenu incapable de proposer une dignité, sa dignité, à ce regard :
L'humiliation est une larme froide qui pénètre au cœur de l'âme et la glace. A la violence physique s'ajoute une violence psychologique.
On ne peut oublier une autre facette de la violence : la violence sociale car la vie de l'alcoolodépendant est bordée par le rejet et l'exclusion: Mis de côté par les collègues, stigmatisé, licencié, incapable de retrouver un travail, il se désintègre socialement.
Ecarté de la chaleur du lit conjugal, faisant peur à ses enfants, oublié par les amis qui n'en peuvent plus, regardé de biais dans l'immeuble, coups de grisou dans le ménage, et même craint par le chien envers lequel il a la main lourde, c'est tout le tissu affectif et social qui se désagrège.
Violence économique aussi quand en bout de course, il ne reste que des dettes que le malade est incapable de gérer.
C'est ce cortège qui accompagne la personne qui pousse la porte de nos groupes de paroles et que nous devons prendre en compte dans sa globalité, que la violence soit exprimée directement ou non.
C'est notre savoir expérienciel de ces douleurs, de ces actes sur soi et sur autrui qui donne la crédibilité à nos paroles d'ancien buveur auprès de celui qui poursuit sa désintégration. L'accompagnement du malade alcoolique dépasse le cadre de la consommation du produit et déborde largement au delà du sevrage. C'est la personnalité entière qui est en cause et qu'il faut prendre en considération.
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