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  • alain Callès
  • Publication de livres. "éclats de verre" préfacé et porté en scène par Claude Confortès. "Lettres au plus proche du feu" préfacé par Didier Daeninckx et illustré par Claude Gaisne. Des articles sur différents thèmes, de poésies (notamment
  • Publication de livres. "éclats de verre" préfacé et porté en scène par Claude Confortès. "Lettres au plus proche du feu" préfacé par Didier Daeninckx et illustré par Claude Gaisne. Des articles sur différents thèmes, de poésies (notamment

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DE L'ALCOOLISME A L'ADDICTION Jusqu'au mitan de la fin du siècle dernier, l'alcoolique n'était pas un malade dépendant d'une drogue, mais une personne veule et sans volonté, jugé à l'aune de la morale et de la bien-pensance issue du XIXème siècle issue du christianisme et d'une approche judéochrétienne du bien et du mal dans une dialectique d'affrontement manichéenne.

Ensuite, grand pas en avant, le statut de l'alcoolique évolue et, de sujet de la morale, il devient sujet de la médecine. L'alcoolisme devient alors une maladie et l'alcoolique un malade. Avec un net avantage : malade, il a droit à la considération que l'on accorde à un malade. La société considère qu'il a le droit aux soins. Il est sujet de droits. Ce n'est plus un être sans volonté, mais un malade dépendant auquel on commence à reconnaître du courage pour combattre sa dépendance.

C'est dans ce contexte qu'apparaît de façon concomitante une nouvelle spécialité : l'alcoologie. L'homme faible et sans volonté peut maintenant être traité sur un pied d'égalité avec ses concitoyens victimes d'autres graves maladies. Il dispose d'une spécialité, l'alcoologie, comme les personnes atteintes du cancer bénéficie de la cancérologie. L'approche médicale récente d'autres drogues et substances, de leur dépendance, a certainement aidé à faire encore évoluer le regard porté sur celui qu'on appelle dorénavant l'alcoolo-dépendant.

Peut-être encore plus que pour d'autres maladies, cette évolution du regard sur le malade prend en compte des facteurs extérieurs à la personne, tout comme des causes techniques externes interviennent dans certaines maladies professionnelles. Par exemple le rôle primordial de l'amiante dans certains cancers.

Avec le malade alcoolique, on ne peut pas faire abstraction des causes économiques, commerciales et sociales qui entourent cette addiction à un produit fabriqué par la société. Certes, c'est le corps qui est physiquement et chimiquement dépendant. Certes le comportement psychologique a un rôle important dans cette maladie. Mais on ne peut pas occulter d'autres facteurs qui interviennent dans les mécanismes de dépendance alcoolique. Il faut aussi considérer qu'entrent en compte des éléments de l'environnement familial, de la construction de la personnalité, de l'enfance.

De ce fait, l'addiction alcoolique est plus qu'une maladie, c'est un ensemble complexe qui gravite autour du moi et de la communication, ce sont des flux de sensibilité exacerbée qui s'ouvrent sur du vide, ce sont des mains tendues vers un ciel sans fond, vers un soleil sans chaleur.

D'un autre côté, sur le plan économique, on ne peut nier que l'addiction alcoolique est pain béni pour les alcooliers qui disposent ainsi d'un marché captif qui ne peut pas s'empêcher de consommer le produit : passage obligé par la bouteille avec au bout... le tiroir caisse. Leur rôle économique est de faire des bénéfices en sucitant la consommation de leur produit. Le consommateur est une cible commerciale du producteur, un client que l'on souhaite fidèle pour la vie...et jusqu'à la mort. Pour un producteur, un alcoolodépendant est un marché captif sur pattes. La tentation de maintenir et d'accroître ce marché captif qui assure des consommateurs réguliers des années durant, est très grande.

C'est ce qui explique les nombreuses campagnes de dé-diabolisation pour mettre le pied à l'étrier au consommateur, de présentation de produits jeunes, modernes et de convivialité, de créer des effets de mode autour du boire, sachant que 10 à 15% de ces consommateurs seront ensuite « accros » au produit alcool et constitueront alors le fond du marché captif. Il ne faut pas négliger la part importante de l'alcool dans l'économie et les centaines de milliers d'emplois qu'elle génère en France.

Dans un contexte économique tendu de concurrence internationale avec l'arrivée de nombreux vins étrangers , ce secteur devient un enjeu. L'alcoolier n'a alors de cesse d'élargir son marché (et ses marges par un développement qualitatif) et de vouloir « éduquer » le consommateur dès son plus jeune âge. C'est ainsi qu'on a pu voir une proposition parlementaire d'éducation au vin dans les établissements scolaires, qui a échouée certes, mais qui peut se renouveler par l'intermédiaire du puissant lobbying auprès des décideurs politiques. Le lobbying devient un élément essentiel que nous ne pouvons pas ignorer dans notre combat contre la maladie et son extension.

Sur le plan sociologique et culturel, l'alcool a toujours accompagné le quotidien des Français, qu'il soit convivial et festif ou familial. C'est une des trames de notre tissu social, qui va du maillage du territoire par les bars et cafés, au lien social et familial de l'apéro et de la bouteille sur la table. Hélas, les pouvoirs publics sont sensibles à cet aspect et prêtent l'oreille au lobby qui accompagne cette culture. Certes, le produit consommé (alcool et bière en remplacement du vin) et le mode de consommation (biture expresse, apéros géants, teufs d'écoles, etc.) évoluent. Mais l'addiction pend toujours comme une menace au bout du comportement de chacun de ces publics-consommateurs, de chacun d'entre nous ou de nos proches. S'il apparaît nécessaire de considérer le dépendant comme un malade, il ne faut pas occulter qu'il est aussi la conséquence, la victime, d'un système complexe à l'autel duquel sa vie est sacrifiée.

Le choix des mots est significatif du regard que la société porte sur l'alcoolo-dépendant. Ainsi, d'un être veule, sans volonté, issu d'une conception très judéo-chrétienne de l'alcoolisme du 19ème siècle, nous sommes passés au stade de sa médicalisation des temps modernes. De nos jours la notion de maladie s'élargit au contexte propre à la dépendance, et cette personne devient un alcoolo-dépendant, un addicte.

C'est ainsi, pour nous mouvements d'anciens buveurs, un nouveau champ sur lequel nous sommes plus aptes à être reconnus et à intervenir. En effet, si nous ne sommes ni des moralistes ni des médecins, notre histoire personnelle, notre trajet fait de nous des êtres uniques : nous sommes des experts. Nous avons l'expertise de la peau, notre peau. Nous sommes ainsi les seuls détenteurs d'un savoir expérienciel face à l'addictature, cette contraction de l'addiction et de la dictature. De victimes, nous sommes devenus acteurs libres.

L'évolution sémantique autour de la maladie alcoolique est le reflet des changements de comportements tant du malade que de son environnement de soin, et de l'évolution de la prise en charge de la maladie. En ceci, l'espoir d'une meilleure prise en compte, physique mais aussi psychique et comportementale est réel. Une prise en charge au plus proche de la réalité bien cernée, avec des concepts précis qui se complètent. Les mots ne sont pas neutres. Gardons en mémoire cette phrase d'Albert Camus : « mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ». Mieux on nommera la maladie, mieux on combattra cette addiction.

Cela s'inscrit dans le fil des pratiques des Mouvements de buveurs qui, comme les malades du Sida, participent ainsi à inscrire la lutte contre l'alcoolo-dépendance, dans une approche pluridisciplinaire complémentaire à laquelle participent les usagers.

Quels que soit le produit, le point commun aux addictions, pour l'action des mouvements d'entraide est le traitement de la souffrance. La souffrance palpite au cœur de toutes les addictions.

Alain Callès

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