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  • : Le blog de alain callès
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  • : Articles et poésies. Point de rencontre pour les amoureux des mots et de leurs couleurs.
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  • alain Callès
  • Publication de livres. "éclats de verre" préfacé et porté en scène par Claude Confortès. "Lettres au plus proche du feu" préfacé par Didier Daeninckx et illustré par Claude Gaisne. Des articles sur différents thèmes, de poésies (notamment
  • Publication de livres. "éclats de verre" préfacé et porté en scène par Claude Confortès. "Lettres au plus proche du feu" préfacé par Didier Daeninckx et illustré par Claude Gaisne. Des articles sur différents thèmes, de poésies (notamment

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ME QUEDA LA PALABRA

Lettre à une rencontre, un soir avant la nuit

 

 

 

Il me reste les mots au dessus de l'enfoui,

me queda la palabra au bout du rien.

 

 

Il me reste un éclat qui pointe au ciel pour forer l'hymen de la mélancolie. Quand la mélancolie a fait son lit dans mon âme, il ne me reste que mon pieu pour rythmer la survie à l'indifférence. J'arrache à mon visage un sourire pour gommer le rance qui me remonte aux babines, je caresse une peau de femme comme pour effacer les regrets et noyer le soul au bord de sa matrice. Je dessine ses hanches de la main pour que ses yeux ne posent pas de question sur la tristesse des nuages qui se reflète dans mes yeux, j'enfouis mon visage au creux de ses reins pour que rien ne soit visible au delà de nos chevelures emmêlées autour de tes lèvres.

Quand l'humidité poisse au bout des doigts, quand l'appel de la gâchette se fait plus pesant, j'en appelle à l'espièglerie de la cuisse, à la soulerie de la coucherie le temps de l'oubli. Le temps du sexe pour anesthésier l'appel de la mort qui me bat aux tempes quand mon âme navigue à flots perdus, aspirée par un horizon d'ennui.

 

Au bout du rien, me queda la palabra.

 

Seul, puits perdu dans les ondulations de la foule en liesse scandant un nouvel an à un orchestre fantôme déboulant des enceintes, quelques corps de femme se reposent sur ma margelle. Je leur cache l'abîme du vide qui me vertige et d'un coup de reins je bondis sur le premier sourire et m'empare de ses mains. Ses hanches glissent sous mes bras le temps d'un rock'n roll endiablé, juste le temps de mesurer la souplesse de ses frémissements. Ré-agglomérer un instant la tendresse dissoute par l'acide au fil des désillusions.

 

Réarmer le bras du jeu des ombres pour le funambule, et, portée au bout de ses bras, sa vie qui ne tient qu'à un fil de rasoir tendu au dessus du temps. Vacarme des tourbillons pendant que mes doigts s'affairent sous tes tissus. Au bout de mes mains sur tes seins, me queda la palabra. Quand du fond de l'ennui, je te rejoins, une chaleur apaisante flotte dans mon crâne un instant décervelé. Quand le soleil indique la route au cri dans les méandres de blessures.

 

Mon sexe comme un bâton de survie face à l'ennui; les jeux de l'amour emmêlés, genre éphémère dissous par le flou des rôles en mutation, enveloppent la mélancolie d'une écharpe de repos. Le rivage se vide de la mer, algues alanguies sur des récifs acérés, avant qu'elle ne revienne à grandes chevauchées dans un vacarme fracassant et envahisse les plages où s'est assoupie, apaisée, mon âme qui divague mollement au fil du vent crépusculaire. Pour ne pas lui abandonner mon corps inerte, mon sexe mou et mes lèvres au goût d'algues, alors une petite flamme vacillante murmure au creux de mon éveil que me queda la palabra.

D'un coup de reins, je me redresse et déploie un sourire tandis que je monte sur scène pour le spectacle que l'on attend de moi. Un spectacle de bord arrondi où le vent ne se lèvera jamais, ni à l'ouest, ni à l'est; un spectacle où Debord est couché sur un plumetis d'oubli. Un spectacle au terrorisme mou comme une mer sans marée pour des marins sans faim, pour des mains dénervées qui pendent, inutiles, au dessus de l'histoire. Un spectacle où il suffit de décompter le temps pour moissonner les applaudissements.

 

A l'orée des frémissements qui ondulent en vagues successives sur nos peaux, au bout du quai où palpitent nos désirs comme des navires prêts à de nouvelles partances, au bout du cul où je t'abandonne, me queda la palabra.

Le jour se lèvera-t-il enfin?

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